LEDŒUFRE
 
Né à Rochefort-sur-Mer en 1966, Ledœufre décide d’arrêter les études par soif d’aventure. Armé de ses carnets de dessin et d’un sac à dos, il part se nourrir de multiples expériences. Attiré depuis longtemps par la pratique des arts, il refuse cependant que l’on lui inculque : il sera autodidacte.
C’est de retour à La Rochelle, après un séjour d’une dizaine d’années outre-Atlantique où il a exposé et vendu ses premières toiles, qu’il entreprend de détourner l’iconographie liée aux marins pêcheurs de la condition anecdotique et régionaliste qui lui est fréquemment affectée.
 
« Le métier de pêcheur en mer est sans âge, ce sont les derniers « chasseurs-cueilleurs » de nos sociétés modernes. Ce statut les pourvoit d’un immense héritage, d’une aura symbolique. Lorsque H. Melville nous conte une chasse à la baleine*, il dépeint autant la folie des hommes et leur étrange destinée qu’une simple pratique commerciale.
Si le poisson devient le symbole de ce que l’on cherche dans cette vie, alors nous sommes tous des pêcheurs. Que ce poisson soit Saint Graal ou leurre, notre quête est jalonnée des notions de subsistance, de partage, de convoitise, d’amour et de mort. Quelque soit notre but, nous naviguons tous, guidés par les phares que sont nos concepts idéologiques, poursuivant nos insaisissables baleines blanches. »
Ledœufre s’attache à intégrer toutes ces dimensions dans ses œuvres, afin que le marin pêcheur devienne un prétexte pour aborder des sujets plus intimes ou universels tel que les rapports hommes/femmes, les conséquences de notre surconsommation ou encore la solitude de l’homo-sapiens moderne.
Il cherche à créer un équilibre entre d’une part, une atmosphère sombre et mystérieuse, véhiculée en partie par l’expression grave de ses personnages inspirés des « arts premiers », et d’autre part un second degré, un humour provoqué paradoxalement par ce même excès volontaire de solennité et un graphisme ludique proche de la bande dessinée.
Ledœufre revisite aussi la tradition de l’ex-voto en créant des pièces qu’il décline en autels, fétiches et autres icônes. Cet artiste éclectique utilise alors des débris de bateaux et autres « laisses de mer » qu’il agrémente de miniatures sur bois et modelages en céramique et porcelaine.
Les expositions proposées peuvent être soit classiques soit des mises en scène des œuvres, installations évoquant des lieux de culte inconnu, vestige d’une civilisation adepte d’un obscur vaudou maritime.
 
Ledœufre vit et travaille à proximité de Bordeaux.


 
C’est en lisant « le grand marin »** de Catherine Poulain que j’ai peut-être trouvé une réponse à la fréquente question quant à l’identification au marin: elle décrit en effet des marins pêcheurs qui, à l’instar de l’albatros de Baudelaire, ne sont pas dans leur élément sur la terre ferme, cherchant quelquefois  l’ivresse pour retrouver l’effet du roulis et qui n’ont qu’une hâte, c’est de repartir en mer…
Et le peintre de retourner dans son atelier pour se sentir à sa place.
                                                                                                                                              Ledœufre

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* « Moby Dick », Herman Melville, 1851
** « Le grand marin », Catherine Poulain, 2016, Edition de l’olivier